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  • Salim Mokaddem

Échec scolaire et réussite de la domination politique

Y a-t-il une isomorphie de structure et d'actions pratiques dans le discours sur les vertus du soutien scolaire ? Les discriminations positives ont-elles des effets d'inclusion ou de légitimation symbolique de l'échec ? Y a-t-il une logique historique de l'échec et de la réussite scolaire pour les enfants issus de l'immigration coloniale ?


Le langage de la scolarisation est réversible dans celui de la colonisation.

Il est légitime de s’interroger sur le décrochage scolaire actuel liée à cette mal nommée « continuité pédagogique ». En effet, plus discontinue et différenciée dans ses effets, modalités, fins et causes que ne le disent les expressions en vogue, telle cette boursouflée et grotesque « société apprenante », la continuité scolaire via le numérique et le télé-enseignement ont ravivé les questions de la fracture numérique et des inégalités réelles dans l’accès à l’Internet cognitif. La carte sociale et scolaire en disent long sur les logiques d’exclusion et d’inclusion produites et promues par l’Ecole. Il est encore pertinent, sans crispation idéologique gauchiste, d’interroger le rôle qu’on a fait jouer à l’institution républicaine d’éducation en matière de maintien des hontes sociales, des conflits de loyauté, et des sentiments d’illégitimité d’accès à la promotion positive de classe sociale. Le décrochage scolaire est en effet surdéterminé par la position sociale et ne peut être pensé sans les logiques de confinement identitaire et d’assignation communautaire avec lesquelles l’Ecole affirme son rôle politique pour mieux refouler la réalité de son mode d’être et d’agir dans le quotidien des pratiques pédagogiques, institutionnelles, et discursives.


Parler de laïcité, par exemple, au lieu d’écouter les paroles des enfants traumatisés par le confinement, est une stratégie, à ce jour obsolète, de refoulement de ces questions politiques et historiques.


Cela fait en effet plus de 60 ans déjà que Frantz Fanon, Kateb Yacine, et, plus tard, Abdelmalek Sayad, tiraient la sonnette d’alarme en ce sens : l’Université, le monde académique, au sens large, n’ont jamais fait leur autocritique des faits de participation active à la Collaboration nazie et à l’acquiescement à des logiques racistes de hiérarchisations des cultures et des civilisations - a contrario du monde des affaires ressaisi en son temps par la politique gaullienne du mythe de la France "libérée" par la France dite "libre", tout en menant au reste des guerres coloniales en Asie et en Afrique. Cela explique les logiques de type colonialiste et les attitudes violentes visant des populations cibles dans le cœur de nos Universités et de notre système éducatif. Citons quelques effets de ces pratiques biaisées : ghettoïsations scolaires, sélections par l'accession au logement, logiques des plafonds de verre ; refus de financements de recherche pour des catégories de personnes « racialisées »; harcèlements et cabales pour mettre en difficultés tragiques certaines personnes, etc. Tous ces effets délétères ont joué sur la qualité des (non-)recrutements et des thématiques de recherches. À quand un article rigoureux d’historien sur tous ces professeurs qui ont traversé la guerre coloniale, le pétainisme, la Collaboration active, et qui sont restés en poste jusqu’à leur fin de carrière « brillante »? À quand un travail archéologique, au sens de Foucault, sur ces professeurs coloniaux, réaffectés dans l’Université, les lycées et collèges Francais, et qui n’ont jamais renié leur racisme et leur vision fasciste de l’histoire qu’ils ont pu exercer à loisir dans tous les secteurs de leur pratique professionnelle ?


Je trouve assez surprenant que les Zep, Rep, et Rep+, aient toujours pour effet de reproduire les exclusions de parcours scolaires et de légitimer ces exclusions au prétexte d’une discrimination positive. De même, les politiques des villes produisant de facto des banlieues et des zones sensibles, en jouant sur une sectorisation de la misère sociale et le confinement des populations issues des mondes colonisés dans une ère d’assignation résidentielle (ghettoïsation), expriment ces déterminations de guerre poursuivie jusques et y compris dans des secteurs non militaires et policiers : l’Ecole, le Travail, le parcours professionnel, l’accès au logement, au crédit, etc.


Tout cela est bien su et déjà écrit par des sociologues, des philosophes et même des psychanalystes réfléchis (non adeptes de la secte du veau d’or de la nouvelle église du saint signifiant du psittacisme épistémologique).


Proposons donc que nos gouvernements soient composés, à part égale, de représentants des composantes réelles de la société civile. L’argent et le parcours scolaire ne permettent pas de déterminer les qualités politiques et éthiques de manière rigoureuse. Gageons qu’au moins les logiques d’équité et de géométrie démocratique mesureront mieux les accès à la liberté des peuples que les logiques de reproduction de l’accumulation des capitaux et les parcours faits dans des écoles suspectes (Ena, Ens, et autres viviers et bassins de réception des héritiers de la colonie).


Il est toujours crucial de bien choisir nos maîtres : car ceux du jour seront à coup sûr les producteurs de ceux de demain.

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