top of page
  • LinkedIn
  • Twitter

Hommage anarchéologique philosophique

  • Salim Mokaddem
  • il y a 14 heures
  • 3 min de lecture

Salim Mokaddem. Le retour des idoles. 2026



« D’où vient ce vif engouement laudateur pour Jürgen Habermas, universellement encensé par les principaux chefs allemands et français et par les principaux dirigeants des démocraties libérales occidentales ?

 

Ne fait-il pas le consensus libéral - au sens de Rawls - parce que son formalisme éthique de l’ordre social ne remet nullement en cause la logique mondiale inégalitaire et la globalisation illibérale du New public management qui gagne le Vieux Continent ?

 

Comme membre de l’Ecole de Francfort, son marxisme relevait d’un théoricisme critique agissant, si l’on peut dire, à l’extérieur de toute praxis, et ses philosophèmes sont, au mieux, une idéologie de la communication « dialogique » doublée d’une fétichisation de la forme parlementaire de la politique et, au pire, une incantation rhétorique faisant l’apologie moralisatrice et édifiante du droit formel, à la façon néokantienne des disciples lointains de Dewey. Peut-on citer un seul concept d’Habermas qui soit un tant soit peu compatible avec une action concrète sur et dans le monde ? Ou qui apporte une vision autre sur le politique que celle de la pensée des philosophes du contrat?

 

La posture politique et thétique d’Habermas ne mange pas de pain, selon la judicieuse proposition ouvrière du 19 ème siècle, mais elle permet de donner bonne conscience aux héritiers tardifs des Lumières et des tenants d’une gouvernance mondiale ayant fait l’impasse sur les guerres et les conflits qui ensanglantent encore notre présent.

 

Habermas aide-t-il à faire obstacle aux processus chaotiques en cours que nous vivons actuellement et permet-il de penser les praxis du moment autrement que par le mantra d’une religieuse pensée de l’agir communicationnel? Hegel dirait qu’elle relève de l’édification de la belle âme qui demeure dans la « bouillie du cœur ».

 

Soyons sûr que le seul respect qu’on puisse accorder à l’âme d’un philosophe est de rendre vivante et présente sa pensée. Je demande juste qu’on puisse nous la présenter dans sa force et sa vigueur et qu’on nous explique alors en quoi le plus grand philosophe politique de l’UE, selon Arte, apporte un peu de clarté ou de vérité pour comprendre ne serait-ce que la révolution numérique en cours ou le transhumanisme. Il est vrai que ses livres peuvent être utiles à des néophytes en histoire de la philosophie et qu’ils permettent d’abonder en propositions creuses des programmes politiques dits démocratiques en quête d’idéologie normative et friandes de mots politiquement corrects.

 

Comme Platon dans certains de ces dialogues, ressuscitons Habermas pour qu’il nous explique sa pensée profonde.

 

N’est-il pas le dernier idéologue de la pensée édifiante qui a enterré la critique  conceptuelle pour répandre une pensée dite « communicationnelle » et souvent « gauchiste » ? Que signifie, par exemple , le « patriotisme constitutionnel » sinon ce que Hegel appelle un formalisme de la moralité juridique ne prenant pas en compte l’histoire philosophique du droit et l’histoire de la vie du droit (Sittlichkeit versus Moralität) ? Ces positions politiques sur le « fascisme de gauche » et ses accommodations avec l’ordolibéralisme allemand demanderaient des éclaircissements et des développements certainement très utiles pour comprendre quelle était sa conception du rôle de l’intervention intellectuelle dans le champ social. Habermas est strictement réactionnaire dans son retour à une éthique de la discussion qui ne prend pas en compte ce que Hegel appelle la négativité, la ruse de la raison, et ce que Foucault a pointé dans les discontinuités de la rationalité discursive dans l’histoire des pouvoirs et des savoirs.


Peut-être exprime-t-il ce retour ambiguë d’une forme de résignation de la pensée politique qui confond le parlementarisme avec l’agora, le droit positif avec l’esprit des lois et l’apologie de la morale avec l’action concrète, au risque de faire l’impasse sur son obscure généalogie…

 

Après le temps du deuil, il y aura le temps de l’anamnèse et du travail philosophique. Il sera alors temps de méditer sur l’éthique de la vérité dans l’histoire plutôt que sur les liens entre théologie et démocratie ou foi et savoir. Pour cela, une autre histoire de la philosophie - plutôt qu’encore une philosophie de l’histoire qui oublie que le progrès et la raison dans l’histoire se font souvent au détriment des acteurs et des peuples - serait nécessaire. »

 

Salim Mokaddem. Le retour des idoles. 2026.


 
 
 

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page